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Maroc - LIBERATION - 19/Feb 12:00
Pendant des années, l’Afrique du Sud s’est inscrite dans une posture de fermeté sur la question du Sahara marocain. Le soutien à la thèse séparatiste faisait partie de son discours officiel exprimé dans les enceintes internationales et revendiqué dans les orientations diplomatiques. Ce positionnement s’appuyait sur un allié stratégique: l’Algérie. Ensemble, les deux pays avançaient côte à côte. Même discours. Même stratégie. Même refus d’envisager toute autre issue. Pretoria avançait avec la conviction qu’Alger ne céderait jamais. Que le front serait tenu. Que les rapports de force demeureraient inchangés. Mais en diplomatie, les certitudes idéologiques résistent rarement aux réalités géopolitiques. Lorsque les discussions internationales se sont accélérées, lorsque les équilibres se sont recomposés sous l’impulsion des grandes puissances, l’Algérie s’est vue obligée de réorienter son approche et de redéfinir ses priorités. Face à des impératifs stratégiques plus larges, elle a choisi, non sans contrainte, d’éviter l’affrontement frontal et de s’inscrire dans la dynamique consacrée par la résolution 2797 du Conseil de sécurité. Ce choix a profondément altéré la cohérence du front commun avec l’Afrique du Sud. Car si Alger a ajusté sa posture, Pretoria, elle, n’était pas dans la séquence. Elle a observé, à distance, une reconfiguration des équilibres régionaux qui, sans même la viser directement, fragilisait sa propre position et réduisait son espace d’influence. Rester spectatrice n’était pas une option envisageable pour une puissance qui revendique un rôle central sur le continent. La nécessité d’un ajustement s’est imposée comme une évidence stratégique. Sans rupture officielle ni déclaration spectaculaire, un infléchissement s’est amorcé, traduisant la volonté de ne plus subir l’évolution du dossier mais d’en accompagner la nouvelle dynamique. Ce repositionnement s’inscrit dans un contexte intérieur profondément transformé. Pour la première fois en Afrique du Sud post-apartheid, l’ANC ne détient plus seul les rênes du pouvoir. Affaibli par un recul électoral significatif, le parti historique de Nelson Mandela est aujourd’hui contraint de gouverner au sein d’une coalition hétéroclite. Et la nouvelle configuration politique impose des compromis. La politique étrangère doit à présent composer avec des partenaires internes aux sensibilités diverses, moins enclins à faire du Sahara un étendard idéologique. Dans ce nouvel équilibre politique, la diplomatie n’est plus un terrain de proclamations idéologiques unilatérales de l’ANC. Chaque orientation extérieure est désormais soumise à un examen plus pragmatique, où l’intérêt national immédiat prime sur les idéologies figées, héritées des schémas tiers-mondistes des années 70. Parce qu’au-delà de la question du Sahara, les convergences potentielles sont nombreuses. Le Maroc et l’Afrique du Sud sont deux économies majeures du continent. Tous deux disposent d’un tissu industriel structuré, d’infrastructures avancées et d’une ambition africaine affirmée. Dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, de la finance ou encore de la coopération Sud-Sud, les complémentarités sont évidentes. Une relation apaisée ouvrirait la voie à des partenariats stratégiques capables de peser sur l’agenda africain. Le ministère sud-africain des Relations internationales et de la Coopération aurait d’ores et déjà amorcé le mouvement en procédant à la désignation d’un ambassadeur, dont la prise de fonctions au Maroc est attendue dans les prochaines semaines. Rabat, de son côté, aurait fait savoir qu’elle dépêcherait immédiatement un ambassadeur à Pretoria dès l’arrivée du représentant sud-africain dans la capitale marocaine. Tout indique que le canal diplomatique est prêt à être pleinement réactivé. Une étape décisive vers la normalisation semble ainsi franchie, avec la volonté affichée de rétablir un dialogue politique structuré. Pour le Maroc, cette évolution est loin d’être une surprise. Elle est le fruit d’une stratégie patiente, constante, fondée sur la légitimité historique et sur le développement concret des provinces du Sud. Rabat n’a jamais fermé la porte à Pretoria. Au contraire. La main est restée tendue, convaincue que le temps et le réalisme finiraient par rapprocher les positions. Les semaines à venir seront déterminantes. L’arrivée d’un ambassadeur sud-africain à Rabat pourrait marquer le début d’une séquence plus large. Une séquence où le pragmatisme l’emporterait sur les lectures dogmatiques du passé, où la coopération primerait sur les divergences latentes, et où Pretoria s’inscrirait enfin dans la dynamique internationale qui consacre la solution politique portée par le Maroc. La seule et unique solution réaliste, durable et applicable. Mehdi Ouassat
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