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Maroc Maroc - LE TEMPS - Tous - 16/Mar 07:41

Elsa Dreisig: «J’ai hérité de la joie»

Grâce la famille danoise de sa mère, Elsa Dreisig a découvert le bonheur de chanter au quotidien. Et de son père, elle a acquis le gène de la rébellion contre les conventionsVous êtes née dans le milieu lyrique. Vos parents se sont rencontrés en chantant Pelléas et Mélisande. Faire du chant votre vie était un héritage naturel? J’ai hérité de la joie. C’est un beau cadeau. J’ai chanté en même temps que j’ai commencé à parler. Je prenais un plaisir fou, petite, à entendre ma voix qui chantait! J’avais l’impression de détenir un pouvoir magique. J’ai commencé à me produire sur scène très tôt. Je chantais le Duo des chats de Rossini avec ma mère! À l’adolescence, on perd une certaine aisance naturelle. Mais la voix m’a toujours protégée et m’a toujours donné la beauté nécessaire pour pouvoir m’assumer. Votre maman, l’artiste lyrique et professeure de chant Inge Dreisig, est danoise. Votre père, le pianiste, chanteur, compositeur, auteur et comédien Gilles Ramade, est toulousain. Quel héritage issu de cette double culture? Mon enfance a été danoise. J’ai grandi avec ma mère et ma famille maternelle entre la France, la Belgique et le Danemark. On y chante tout le temps, que ce soit à l’église ou à la maison, filles comme garçons. Chaque fête, chaque événement familial est prétexte à chanter. Mes tantes, mes cousines chantent. Lorsque j’étais adolescente, nous formions un groupe, les 5D, pour Dreisig, en nous produisant dans des églises en France et au Danemark. Lorsque le moment est venu pour moi de voler de mes propres ailes, de trouver ma voie – et ma voix! – cela a été affectivement difficile. Aujourd’hui, je me sens proche de la personnalité artistique de mon père, qui touche à tout avec talent et humour. Il n’aime pas être mis dans des cases. De son côté, j’ai hérité des gènes de la rébellion! Le milieu artistique tient-il lieu de seconde famille? À force de côtoyer souvent les mêmes personnes, une certaine familiarité se crée. Mais cela reste des rapports superficiels, à moins d’appartenir à un ensemble, où un esprit de troupe se crée. Nous sommes tous des nomades! Il y a heureusement la famille artistique que l’on se choisit, quelques personnes qui deviennent des partenaires de confiance. C’est le cas avec mes deux pianistes habituels, Jonathan Ware et Romain Louveau. Lors de mon récital le 27 mars à Genève, ce sera la première fois que je me produirai avec John Middleton. Ce sera une belle rencontre. Vous avez interprété sur les scènes lyriques de nombreuses héroïnes inoubliables, Salomé de Strauss, Anna Bolena de Donizetti, Mimi ou Manon de Puccini, Pamina et la Comtesse de Mozart. Quels liens créez-vous avec ces femmes au destin souvent tragique? Sont-elles des sœurs, des amies qui vous accompagnent? Ces rôles font partie de mon ADN. Ils m’accompagnent. Pamina, le premier rôle que j’ai joué sur une grande scène, est aussi le rôle signature de ma mère, qui le chantait lorsque j’étais dans son ventre! Salomé a permis ma naissance en tant que femme, comme si la mort de cette adolescente qui demande l’impossible était une métaphore de moi-même. Des connections émotionnelles et musicales se créent avec ces femmes. Mimi est un des plus grands plaisirs de ma carrière! La plupart de ces héroïnes d’opéra meurent sur scène. Et pourtant vous dites refuser de les considérer comme des victimes. Pourquoi? Cette image de femmes victimes est une double construction de la société et du librettiste, généralement un homme. Je me permets de poser un regard contemporain sur ces femmes. Leur vie n’est pas définie par leur mort! Les femmes d’aujourd’hui ne sont pas plus courageuses et indépendantes que celle des siècles précédents. Marie Stuart, dont Donizetti a fait un opéra, était une femme exceptionnelle! Ces personnages sont très inspirants pour moi autant que pour le public. Or, la pitié n’est pas inspirante. Ce qui est inspirant, c’est leur personnalité, les conflits intérieurs qu’elles vivent, leur courage. Vous citez la carrière de Maria Callas comme source d’inspiration. En quoi? Elle a tant accompli! Elle a transformé le jeu opératique, lui a insufflé une intensité dramatique comme personne. Ses prouesses techniques, l’humanité derrière son apparence de femme invincible, son aspect indomptable la rendent unique. Elle électrisait le public. J’aimerais pouvoir toucher les cœurs et les âmes comme la Callas! Le statut des artistes est exigeant aujourd’hui. Tant le public que les médias vous en demandent beaucoup. Avez-vous trouvé votre place? En temps de crise, de guerre, les gens ont besoin de se réunir, de chanter, de lire, de danser. L’art, la littérature, sont des sources d’émotions essentielles. La question de l’importance de ce que nous faisons ne se pose pas. Ce n’est pas une position facile pour autant. On nous demande de créer mais aussi d’être des spécialistes de marketing, de géopolitique. Je fais ce métier pour toucher le cœur du public, pas pour faire des clics sur les réseaux. Lorsque les gens me remercient à la fin d’un spectacle, je sais que je suis à la bonne place. D’où le titre de récital que vous donnez à BFM à Genève le 27 mars, La Reine de cœur? J’aime ce titre! Il fait référence à une mélodie de Poulenc mais il permet d’inclure de nombreuses mélodies que j’aime ! C’est un récital qui parle d’amour, dans la tradition romantique allemande mais aussi française et espagnole. Qui dit «Reine de cœur» dit aussi jeu de cartes, jeu de hasard. On ne sait jamais ce qui va nous arriver dans l’amour! Isabelle Falconnier est journaliste, chroniqueuse et critique littéraire. Active dans le domaine de la presse et de la médiation du livre, elle a occupé les fonctions de directrice du Club suisse de la presse, présidente du Salon du livre de Genève, déléguée à la politique du livre de la Ville de Lausanne et rédactrice en chef adjointe du newsmagazine L’Hebdo. Récitalreprésentation unique le 27 mars 2026 au Bâtiment des Forces Motricesgtg.ch/saison-25-26/elsa-dreisig

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